Qu'est-ce que le kintsugi, la technique de réparation à la japonaise ?

Ne jetez plus vos objets déco cassés auxquels vous tenez tant ! Optez plutôt pour le kintsugi, cette méthode de réparation japonaise qui sublime les fêlures grâce à de délicates sutures en or. Explications.

Qu'est-ce que le kintsugi, la technique de réparation à la japonaise ?
© liataka/123RF

Dans une société où l'on consomme toujours plus et où l'on jette rapidement ce qui n'est plus parfait, le kintsugi, qui signifie en japonais "jointure en or", nous propose d'offrir une seconde vie à nos objets cassés, et nous permet, par la même occasion, d'apprécier ce qui ne remplit pas tous les critères de perfection - à commencer par notre propre personne ! Car c'est bien là toute la philosophie du kintsugi : au lieu d'effacer les erreurs, de chercher à les faire disparaître, cette technique japonaise souhaite au contraire les mettre en avant et les célébrer pour aimer d'une nouvelle façon l'objet ainsi restauré.

Le kintsugi, comment ça marche ?

La technique est plus complexe qu'elle n'en a l'air car il ne s'agit pas simplement de recoller les morceaux d'un objet en céramique ou en porcelaine. En pratique, un.e restaurateur.trice doit suivre de nombreuses étapes longues et précises afin d'obtenir le résultat escompté.

  1. La pièce est ainsi nettoyée, collée à plusieurs reprises et les fissures bouchées.
  2. Plusieurs couches de laque sont appliquées avant d'être poncées.
  3. Une dernière couche de laque rouge est ensuite appliquée, sur laquelle sera saupoudré l'or.
  4. Après séchage, l'or est poli avec une agate.

Plusieurs autres périodes de séchage doivent aussi être respectées, ce qui allonge encore le processus, et les conditions climatiques peuvent influer sur le travail effectué.

Les matériaux utilisés, quant à eux, ne sont pas sélectionnés au hasard. On retrouve ainsi de l'or bien sûr mais aussi de la laque du Japon, également appelée Urushi et qui est en fait une sève purifiée de nombreuses fois, de la colle de farine de riz, de la poudre de terre cuite, du charbon de magnolia… Autant de produits 100 % naturels qui nous font voyager à eux seuls.

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© Myriam Greff

"De petits objets avec une grande histoire"

Et si ce sont souvent des bols et des vases en céramique et en porcelaine qui arborent fièrement ces cicatrices dorées, toutes sortes d'objets cassés se retrouvent dans les ateliers des restaurateurs.trices, comme des statues, des services à thé ou même des miroirs. Leur point commun ? L'émotion qu'ils suscitent toujours auprès de leur propriétaire, comme nous le raconte Myriam Greff, restauratrice et spécialiste du kintsugi en France. "Ce qui me plaît le plus dans mon métier, ce sont les grandes histoires de ces petits objets, souvent modestes, que me racontent les clients qui me confient leur œuvre. C'est un moment très intime entre le client, son œuvre et le restaurateur." Les clients, eux aussi, sont variés. On retrouve des particuliers, des collectionneurs, ou encore des marchands. "Il n'y a pas de profil type", remarque Myriam Greff.

Restauratrice depuis 13 ans, c'est au cours de ses études que Myriam découvre le kintsugi. Elle attendra ensuite d'être installée à son compte pour se plonger dans cette technique. "J'étais fatiguée de devoir littéralement maquiller les œuvres afin de les faire paraître neuves, et j'en avais marre de travailler dans les produits chimiques", nous confie-t-elle. Désormais spécialiste, Myriam propose non seulement ses services de restauration, mais aussi des créations à partir d'objets qu'elle chine : "L'idée naît de l'objet et rarement l'inverse". Dans son atelier, vous trouverez donc des objets réparés à l'or mais aussi à l'argent (le gintsugi) et à la laque naturelle seulement (l'urushitsugi). Des produits - et des coûts ! - différents mais toujours la même philosophie.

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© Myriam Greff

Et les kits de kintsugi dans tout ça ?

L'artiste ne mâche pas ses mots quand on aborde le sujet des kits disponibles sur le marché pour pratiquer le kintsugi à la maison : "C'est une vraie plaie qui dévalorise le travail des artisans mais surtout qui met en danger les œuvres", dénonce Myriam. "Je récupère d'ailleurs régulièrement des œuvres qui sont passées par là et le devis est bien plus élevé car il faut d'abord remettre l'objet à nu." Pour un kintsugi réussi, on ne vous conseillera donc jamais assez de confier vos objets cassés à un.e professionnel.le expert en la matière.