Chaque automne, c'est la même histoire. Certains reviennent de forêt avec un panier rempli de cèpes, tandis que d'autres ont marché deux heures pour ramasser trois champignons et beaucoup de feuilles mortes. Pourtant, les meilleurs coins ne sont pas forcément ceux que l'on connaît depuis vingt ans. Et contrairement à ce que l'on pourrait croire, il ne suffit pas d'attendre une bonne averse pour partir à la chasse aux champignons.
Car les cèpes ont leurs petites exigences. Ils peuvent pousser en quantité dans une forêt et être totalement absents de celle d'à côté. Même un emplacement particulièrement généreux l'année précédente peut rester désespérément vide. "Le mycélium est pérenne, donc la pousse dépend essentiellement des conditions de l'année", nous explique Guillaume Lopez, mycologue, naturopathe et auteur du Guide des champignons médicinaux, aux éditions Ulmer. Sécheresse, canicule ou pluies mal réparties peuvent ainsi compromettre une récolte. Heureusement, plusieurs indices permettent d'anticiper les poussées.
Les trois éléments à vérifier sont la pluie récente, la température du sol et les arbres présents dans la forêt. Pour les précipitations, Guillaume Lopez recommande de rechercher les secteurs ayant reçu "au moins 30 mm, idéalement 70 au cours de la dernière semaine". Mais inutile de foncer en forêt dès le lendemain d'un orage. "Il faut généralement 6 à 12 jours après une pluie significative d'au moins 25 mm, mais idéalement plutôt 50 mm", précise le spécialiste. Les premières pousses apparaissent le plus souvent entre le huitième et le douzième jour, à condition que la météo reste favorable.
Et justement, la température joue un rôle déterminant. Selon le mycologue, "les conditions idéales se situent généralement entre 15 et 25 °C dans la journée, avec des nuits au-dessus de 8 à 10 °C". Quant au sol, sa température doit idéalement être comprise entre 13 et 20 °C sur les dix premiers centimètres. Reste à choisir la bonne forêt. Les chênes, les hêtres, les châtaigniers et certains résineux sont particulièrement intéressants, selon les espèces recherchées. Les forêts mixtes, qui associent feuillus et résineux, sont souvent les plus généreuses. Et il existe un moyen de repérer les secteurs prometteurs avant même de s'y aventurer. "La présence de fougères aigles, de myrtilles ou de mousses" peut notamment signaler un sol acide et humide, favorable aux cèpes, indique Guillaume Lopez.
Le spécialiste livre également une astuce étonnante : chercher les amanites tue-mouches, reconnaissables à leur chapeau rouge ponctué de blanc. "Elles se voient de loin et poussent dans les mêmes conditions avec les mêmes hôtes que certains cèpes", explique-t-il. Leur présence peut donc mettre sur la piste d'un bon coin. Et lorsqu'un premier spécimen apparaît, surtout, ne partez pas immédiatement : Guillaume Lopez conseille d'inspecter soigneusement un rayon de 5 à 15 mètres autour, car plusieurs cèpes peuvent pousser à proximité les uns des autres.
Merci à Guillaume Lopez, auteur du Guide des champignons médicinaux, aux éditions Ulmeret et fondateur de la boutique de compléments à base de champignons médicinaux Provivant.