Qui dit début d'automne, dit retour au calme sur la terrasse, du moins en théorie. Les barbecues sont rangés, les bains de soleil se font plus rares et, avec le rafraîchissement des températures, on pensait la saison des guêpes bel et bien terminée. Mais, dans les faits, un bourdonnement incessant vient contredire nos certitudes. Sur un coin de mur ou le long d'une clôture, des dizaines d'insectes volants s'activent dans un ballet frénétique, faisant fi du thermomètre qui baisse. De quoi susciter la curiosité, voire une légère inquiétude, quand on croyait pouvoir enfin manger dehors tranquille.
Située au cœur d'un massif ou grimpant le long des façades, une plante en apparence ordinaire orchestre ce phénomène spectaculaire. Il n'est pas question ici d'une invasion soudaine ni d'un dérèglement passager. Alors que la grande majorité des fleurs du potager et des parterres déclinent doucement, un végétal entame tout juste son apogée. Et le spectacle vaut le détour : là où les autres plantes se mettent en sommeil, celle-ci offre un véritable banquet à ciel ouvert à un moment où les ressources naturelles se font rares pour des guêpes en plein pic de maturité.
Pour mieux comprendre cette frénésie tardive, il faut se pencher sur le mode de vie de nos chères guêpes en fin de saison. À cette période de l'année, la vie de la colonie change radicalement. Les larves ayant fini leur développement, les ouvrières n'ont plus à chasser de protéines pour les nourrir. Elles se retrouvent en liberté totale et partent en quête d'une seule chose : du sucre rapide pour soutenir leurs derniers vols. Et par un hasard de la nature fort bien coordonné, la plante en question sécrète un nectar extrêmement accessible et gorgé d'énergie.
Ici, le coupable n'est autre que le lierre grimpant, qui révèle à l'automne son véritable rôle de sauveur écologique. Ses petites fleurs jaunes verdâtres disposées en ombelles ne paient pas de mine, mais elles constituent le dernier buffet à volonté majeur avant l'hiver pour tout un peuple de pollinisateurs. Loin d'être un piège, ce buisson touffu permet aux futures reines de faire leurs réserves indispensables pour survivre au gel.
Alors, au lieu de sortir la raquette électrique ou le répulsif, si on posait un autre regard sur ce coin de verdure ? Conserver une zone de lierre au jardin, c'est offrir un refuge précieux à la biodiversité tout en détournant ces insectes sucrivores de nos assiettes. Une belle leçon d'harmonie où chaque acteur trouve sa place au fil des saisons. On vous laisse observer le spectacle de plus près ?